COP22 : Loubna Chaouni Benabdallah: « La protection de l’environnement est une affaire de tous »

maroc_chaouni-benabdallah-loubnaTitulaire d’un Doctorat d’université en Biologie des Organismes et des Populations et d’une maîtrise en Ecologie de l’université Claude Bernard Lyon I, Loubna Chaouni Benabdallah est chargée du tourisme responsable marocain, du projet des « Universités Vertes » ainsi que des programmes de Sauvegarde et de Développement de la Palmeraie de Marrakech, au sein de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, depuis 2010. A tous ces titres, elle est un des acteurs majeurs de la COP22 qui se tient actuellement au Maroc.

Chef de service des relations avec les régions au Ministère des Affaires Générales et de la Gouvernance pendant une courte durée, elle a travaillé sur l’élaboration des plans de développement régionaux de l’économie sociale et solidaire . Auparavant, elle a été Chef de projet qualité et tourisme durable ainsi que Chargée de la réglementation et du développement des entreprises et des activités touristiques au sein du Ministère marocain du Tourisme depuis les années 2000: « La protection de l’environnement est une affaire de tous. Ainsi l’implication de l’ensemble de parties prenantes à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement touristique, la formation, l’accompagnement, la mise à disposition d’outils de communication permettront sans aucun doute le développement de comportements écocitoyens et le développement d’une activité touristique responsable ».maroc_marrakech_palmeraie

Pour notre part, nous l’avons rencontrée en tant que chargée du Programme de Sauvegarde et Développement de la Palmeraie de Marrakech au sein de la Fondation Mohammed VI : « L’éducation et la sensibilisation ont été placées au cœur des activités de la Fondation. Dans ce sens, le programme de la palmeraie a initié une démarche de prise de conscience et de responsabilisation partagée afin d’impliquer l’ensemble des parties prenantes dans ce processus de préservation visant à inculquer la culture de la sauvegarde et la préservation des ressources environnementales de la palmeraie, à diverses cibles ».

Plusieurs programmes de formation et actions de sensibilisation ont été ainsi développés en direction des écoles, des associations, des femmes en priorité  : « L’inclusion de la population locale et du tissu associatif est l’un des piliers nécessaire pour la réussite et la pérennisation du programme de sauvegarde. Il constitue aussi l’un des facteurs facilitant la résilience de la palmeraie. L’idée est de promouvoir un tissu de petites activités économiques durables, au profit des populations locales qui les mettent en œuvre (génération de revenus) et au bénéfice du milieu naturel reconstitué (la Palmeraie). Ces populations mènent des activités agricoles qui protègent la Palmeraie et la Palmeraie (le couvert végétal) protège les activités agricoles ».

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De g à d: Meddich Abdelilah, Loubna Chaouni Benabdallah, Aicha Touzani

La Palmeraie de Marrakech aurait été créée spontanément vers le XI siècle suite à l’arrivée des Almoravides venant du Sud. Elle s’étale aujourd’hui sur une superficie de 12 000 hectares au sens large et comporte environ 100 000 touffes de palmiers. En dépit du fait que le schéma de développement et d’aménagement urbain de 1995 a recommandé la définition de zones urbanisables et les zones à soustraire à l’urbanisation, le nombre de parcelles cultivées ne cesse de diminuer. Seules quelques exploitations persistent dans le Site d’intérêt Biologique et Ecologique du Marais.
« La palmeraie de Marrakech est indissociable de l’image de la ville. Elle est née avec elle, et la caractérise profondément : c’est son patrimoine principal. Sauvegarder la palmeraie, c’est sauvegarder l’image de la ville impériale. Classée dès 1929 par un dahir (décret) royal, pour son intérêt paysager, culturel et historique, puisant sa force de l’oued (fleuve) Tensift et d’un système hydrographique d’une formidable ingéniosité (les Khettaras), la Palmeraie de Marrakech, concentre à elle seule, l’ensemble des maux qui ont affecté le Patrimoine oasien Marocain » explique Meddich Abdelilah, Professeur/Chercheur à l’Université Royale de Marrakech.

Plusieurs textes juridiques ont été promulgués pour protéger cet espace fragile mais aucun de ces textes n’a pu parvenir à enrayer son déclin. « La palmeraie a souffert de nombreuses dégradations d’origines endogènes et exogènes a mis en péril cet espace de biodiversité qui présente des intérêts écologiques, socio- économiques et culturels » rajoute le professeur.

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Devant cet état de fait, le programme de Sauvegarde et de Développement de la Palmeraie de Marrakech s’est donné un outil, l’Observatoire de la Palmeraie (OPM) qui fixe et mesure des objectifs et quatre axes de travail :
1/ Reconstituer l’écosystème de la palmeraie: Dès le début du programme, une pépinière a été mise en place, avec une capacité de production de 80 000 plants par an. A ce jour quelques 660 000 plants ont été produits. Le programme a permis depuis 2007 : La plantation de 560 081 plants, soit 127 % de l’objectif initial qui était de 430 000 plants, – L’entretien de 80 000 palmiers adultes, – Le dégagement de 15 047 palmiers morts, – Creusement et équipement de 14 puits, Enlèvement de plus de 43 milles m3 de gravats.
2/ Repenser toute la gestion de la ressource en eau: Un projet d’irrigation de la Palmeraie par les eaux usées de la station d’épuration de la Régie Autonome de l’eau et électricité de Marrakech (RADEEMA) a été initié (lire plus ici).
3/ Atténuer l’urbanisation: Lancement du projet de préservation de la palmeraie en site d’intérêt biologique et écologique (SIBE); Mise en place d’une garde montée de 10 cavaliers dans la palmeraie afin d’atténuer le dépôt de gravats et le pillage des palmiers adultes.
4/ Inclure la population et le tissu associatif local dans cette démarche:maroc_marrakech_ecolesvertes Démarrage d’un programme international, Eco-Ecole en 2010, qui se propose d’éduquer et de sensibiliser les écoliers à l’environnement. Des réalisations qui leur ont déjà permis de se voir attribuer le label « Pavillon Vert » : Recyclage des eaux grises, jardin aromatique, compostage, recyclage des déchets, équipements photovoltaïques pour l’électricité …etc;  Clef Verte: un éco label international pour les établissements d’hébergement touristiques respectueux de l’environnement (hôtels, Maisons d’hôtes, gîtes…etc) pour leurs efforts en matière de protection de l’environnement. En 2014, 22 établissements à Marrakech sont labellisés « Clef verte » dont 5 situés dans le circuit de la palmeraie; Compensation Volontaire Carbone : 6.500 palmiers dattiers plantés et 4 Eco-Ecoles ont été équipées en Kits Photovoltaïques ; Promotion du transport écologique : distribution de vélos électriques aux enfants scolarisés ; Création d’activités génératrices de revenus: renforcement et développement durable des activités agricoles exercées dans la palmeraie et lancement de formations qualifiantes principalement en direction des femmes…

Les Chiffres clefs de la Palmeraie au 31 décembre 2015
*560 081 plants/ dépassement de 27 % l’objectif initial, de plantation de 430 000 plants
*600 000 plants produits; *79 841 palmiers adultes entretenus; *15548 palmiers morts dégagés
*16 puits aménagés dont 2 avec le pompage solaire
* 43 620 m3 dégagés et évacués à la décharge; * 57 Tonnes enlevées de plastique
* Garde montée opérationnelle; * Pistes et tranchées pare –feu aménagées
*8 écoles de la palmeraie inscrites au programme Eco écoles; *2 EcoEcoles labellisé Pavillon vert; *4 hôtels labellisés clef verte dans la palmeraie: Ibis Palmeraie, Club Eldorador, Hapimag et Palais Namaskar (Club Med ??? NDLR);
*5 modules thématiques : puits, croissance du palmier, khettaras, compostage et biodiversité de la palmeraie; *800 vélos pour écoliers et collégiens.

Crédits Photo: DR, ONTM, Fondation Mohammed VI, Observatoire de la palmeraie de Marrakech