Le paradoxe nantais !

Nantes s’est donc vue attribuer le titre de capitale européenne de l’environnement 2013 par la Commission de Bruxelles. Après Stockholm (2010), Hambourg (2011) et avant Copenhague l’année prochaine… « Capitale verte » de l’Europe. Un challenge pour la sixième ville de France (un peu moins de 300.000 habts.)

photo: nantes et l erdrePour la préfecture de la région Pays de Loire où le Bleu (château, fleuve, océan) et le Jaune (canari, blason, FC Nantes) sont de rigueur, le Vert ne lui va pas si mal (en moyenne chaque Nantais dispose de 37m2 d’espace vert public, 10 fois moins à Paris , 2.600 m2 ( !) à Stockholm ) et épouse bien les traces de ses hommes célèbres, Jules Verne, Cambronne, Eric Tabarly comme les saveurs de ses petites spécialités, le beurre blanc, le quatre-quarts, le gros-plant ou bien encore le muguet en ce joli mois de mai (la région nantaise est le leader européen du muguet !).

Seulement vu d’ici, de Stockholm, on entend plus parler de la construction contestée d’un grand aéroport du Grand Ouest qui cadre mal avec une logique de réduction des émissions de gaz à effets de serre et fait se lever nombre de manifestants et d’opposants bien décidés à faire capoter le projet… Et on entend parler de destruction de milliers d’hectares de bocage, de zones cultivables, de bétonnage de terrain, d’expropriation de paysans et d’agriculteurs, et des cortèges de protestations qui donnent lieu à des affrontements de plus en plus violents entre la police et les antis-aéroports soutenus bien sûr par les tous les élus écologistes de la région. Des associations se sont créées, squattent l’endroit et la mobilisation contre le projet ne faiblit pas…

Et oui comment un tel projet peut cadrer avec les attendus de la distinction et du jury européen ? Comment la métropole de l’Ouest de la France peut justifier ses bonnes pratiques environnementales, ce pour quoi elle a été nommée notamment en matière de transport, de préservation des espaces naturels ou de consommation d’énergie… ? Pourtant le dossier nantais avait bien convaincu grâce à la mise en valeur de ses politiques publiques innovantes et participatives et ses atouts majeurs : la mobilité, le Plan climat, qui vise à diviser par deux les émissions de CO2 en 2025, la politique de l’eau et la gestion des espaces naturels.

« Tous les habitants de Nantes vivent dans un rayon de 300 mètres autour d’une zone verte », saluait le jury. Près de 15 % de la population utilisent les transports publics quotidiennement. Les experts ont aussi mis en avant quatre sites classés Natura 2000 et « 33 zones naturelles d’intérêt floral, faunistique ou écologique ». Près de 60 % de la superficie terrestre du territoire sont « consacrés à l’agriculture ou à des espaces verts ».

Et puis voilà que vient sur le tarmac de la polémique, ce projet de construction de l’aéroport à Notre-Dames-des-Landes, une petite commune à une vingtaine de kms de la métropole nantaise et qui divise la population depuis plus de 10 ans. Et c’est justement en ce mois de mai 2013 que devait débuter les premiers travaux.
En réalité, cette idée date de 1965, mais elle a été relancée par le maire de la ville, un certain Jean-Marc Ayrault, dans les années 2000…
C’était au temps des années glorieuses, de la croissance, des grandes réalisations, du Concorde, on voulait un aéroport pour faire atterrir l’avion supersonique et on nous vantait les performances environnementales de ce futur aéroport comme « le plus écologiste au monde…aérogare basse consommation, toiture végétalisée, minimisation des trajets pour l’embarquement… D’ailleurs, le bilan carbone de l’aéroport aurait du être positif… en 2070 ».

Bref un autre monde ! Aujourd’hui, c’est la crise, on doit faire des économies, le Concorde est au hangar des oubliettes… Avec quelques aménagements l’aéroport actuel de Nantes-Atlantique pourrait être compétitif Et puis il y a des contraintes budgétaires… 560 millions d’euros parait-il l’objet du litige et pas vraiment écolo par les temps qui courent !

L’ancien maire de Nantes est aujourd’hui premier ministre et a réaffirmé la volonté du gouvernement de mener ce projet à terme. Mais devant l’ampleur de la mobilisation, les premiers travaux ont été retardés et une « commission de dialogue » a été créée pour l’ouverture de négociations. Même la Commission européenne a demandé à voir le dossier. Nantes est-elle menacée de se voir retirer son titre ?

Non ! Mais si finalement on se dédisait… ? Si finalement on ne construisait pas cet aéroport ? Si on n’entendait plus parler d’aéronefs mais de ce projet d’Aéroflorale II, ce navire énigmatique, cette « machine florale » devenue l’emblème de la ville et qui doit parcourir toute l’Europe et exporter les idées durables nantaises. Ce serait peut-être alors la plus belle des leçons qu’on pourrait retenir de cette année 2013 qui couronne la cité des Ducs de Bretagne, capitale verte européenne. Et faire oublier l’épisode fâcheux.