La ruée vers l’or vert de la liqueur noire !

Pas de pétrole en Suède ? On s’en passera, on fera avec les biocarburants ! Ainsi s’exprimait la ministre suédoise chargée des questions touchant l’énergie, Anna-Karin Hatt, après qu’elle ait lu un rapport de l’Académie suédoise des sciences, KVA, stipulant dans ses conclusions que la forêt suédoise est un eldorado en matière d’énergie et est largement capable de fournir tous les carburants dont le pays a besoin, voire d’en exporter.

L’indépendance énergétique n’est pas un leurre, le royaume étant une sorte d’« Arabie Saoudite verte » ! Bref, très gros potentiel qu’il va falloir se mettre à exploiter à grande échelle.

Et que peut fournir la biomasse lignocellulosique suédoise ? Des biocarburants de deuxième génération : méthanol, DME mais aussi éthanol.

Le méthanol, il y a belle lurette que l’on sait fabriquer l’esprit de bois et qu’on l’utilise comme carburant. Son principal défaut, il est dangereux, toxique et libère moins d’énergie que l’éthanol. Il devrait cependant à terme remplacer l’éthanol dont la production est fortement remise en question (conflit entre besoins alimentaires et énergétiques).

Et depuis que l’on sait produire du méthanol à partir de la liqueur noire (sous-produit du traitement du bois dans la fabrication de la pâte à papier) tous les espoirs sont permis !

Le DME, le diméthyléther, carburant diesel synthétique, lui aussi issu de la liqueur noire, contribuera fortement à réduire l’empreinte écologique sur l’environnement. Le DME, tout comme le biométhanol, est produit par Chemrec à Piteå dans le nord du royaume, une entreprise spécialisée dans le traitement de la liqueur noire par gazéification.

Volvo Trucks fait tourner depuis plusieurs années des poids-lourds au DME. Résultats : aucun rejet de suie et des émissions de dioxyde de carbone 95 fois inférieures à celles du gazole !

Quant au bioéthanol, carburant alternatif qui a largement fait ses preuves, sa production à partir de biomasse n’entre pas en compétition avec l’alimentation et devrait à ce titre continuer à être attractif pour l’industrie automobile. Cependant, sa fabrication nécessiterait des procédés plus performants dixit les sages de l’Académie des sciences.

Il y a une dizaine d’années, Mona Salhin alors ministre du développement durable annonçait vouloir briser la dépendance pétrolière du royaume à l’horizon 2020. En théorie, les ressources renouvelables de la forêt suédoise devraient permettre de tenir le pari, en pratique les systèmes de production pour y parvenir sont encore largement insuffisants. C’est en substance ce qui ressortait de l’étude de la KVA. La ruée vers l’or vert peut être une réalité.