Gare de Stockholm :  » Gare au chaud et froid écolo ! « 

Il y a tout juste un an, l’information avait fait le tour de la terre :  » La Suède se chauffe à la chaleur humaine… Les passagers de la gare de Stockholm utilisés pour chauffer un bâtiment… « . Un an après, nous avons voulu voir ce qu’il en était et nous sommes allés interroger le responsable du projet Karl Sundholm. 200.000 voyageurs traversent quotidiennement le terminus central de Stockholm. À titre de comparaison, la Gare du Nord à Paris voit défiler 500.000 usagers chaque jour. Un potentiel de chaleur à ne pas négliger, c’est notre reportage.

Citoyens les Suédois ? Affirmatif. Il suffit que l’État s’exprime sur la nécessité d’avoir recours à toutes les ressources possibles et imaginables pour répondre aux objectifs de développement durable qu’il s’est fixé, et notamment celui de réduire la facture énergétique, pour que les idées bouillent sous les crânes. Dans le secteur du bâtiment, les promoteurs savent alors ce qu’il leur reste à faire au niveau du cahier des charges.

Pour Jernhusen, société suédoise de gestion immobilière en charge des gares ferroviaires du royaume et des terrains qui les jouxtent, le complexe de bureaux-boutiques-restaurants-hôtel qu’elle fait ériger à proximité de la gare centrale de Stockholm se doit de refléter des avancées en matière d’économie d’énergies. Les ingénieurs planchent et empilent les propositions techniques : géothermie, ventilation mécanique, vitrage intelligent, absence de ponts thermiques, échangeurs de chaleur… mais cela ne leur suffit pas.
 » L’idée de récupérer l’excédent de chaleur de la gare de Stockholm pour chauffer en partie le nouveau bâtiment est née lors d’une pause autour de la machine à café, indique Karl Sundholm, ingénieur en génie civil chez Jernhusen et chef de projet pour la construction du complexe Kungsbrohuset. On était là en train de parler de tout et de rien, lorsqu’un collègue a évoqué le problème du surplus de chaleur dans la gare. ‘Et si on la récupérait pour chauffer l’immeuble ?’, a alors lancé un autre. Le projet était pratiquement sur les rails. On fait ainsi d’une pierre deux coups, on chauffe un bâtiment avec de la chaleur récupérée et on n’a pas besoin de réfrigérer la gare.  » Que du renouvelable !

Hall de la gare de Stockholm

Hall de la gare de Stockholm

La technique retenue, l’exploitation d’échangeurs de chaleur air/eau, a déjà fait ses preuves depuis plus d’un siècle. L’air chaud est capté par un système de ventilation et envoyé vers l’échangeur de chaleur. L’eau réchauffée (22°C) est acheminée par des pompes vers le nouveau bâtiment et injectée dans son circuit de chauffage. L’eau refroidie (16°C) est ensuite refoulée vers la gare où elle est de nouveau réchauffée et ainsi de suite.  » C’est d’autant plus simple que la gare possède déjà ses pompes à chaleurs et que les conduites d’eau sont installées et prêtes à l’emploi. Il suffit de les raccorder au système d’échangeur du nouveau bâtiment et le tour est joué, reprend Karl Sundholm.  » Ainsi, environ 25 % du chauffage proviendra de l’énergie récupérée dans la gare centrale.

La réflexion de Lavoisier selon laquelle  » Rien ne se perd…tout se transforme « , trouve ici toute sa signification. En effet, le problème récurrent de la gare centrale de Stockholm réside dans la réfrigération du bâtiment. Les quelque 200 000 usagers qui la traversent quotidiennement dégagent de la chaleur, tout comme les commerces installés dans le grand hall : points de presse, restaurants, cafés, mais aussi luminaires et autres sources qui contribuent eux aussi à l’élévation de la température.
 » Nous ne chauffons pas la gare, sauf s’il fait – 30°C évidemment ! Elle se chauffe elle-même. Nous tâchons de réguler la température autour de 20-21°C et, si nous avons cette température au sol, il faut savoir qu’au faîte de la verrière du grand hall, à une trentaine de mètres de hauteur, il règne une température de 35°C ! L’hiver, on est tenu d’ouvrir les lucarnes pour laisser échapper la chaleur – on chauffe pour les corbeaux – et l’été, on est obligé de réfrigérer « , constate le chef de projet.

Produire du froid requiert beaucoup d’énergie et revient donc plus cher que de générer de la chaleur.  » Minimiser la production du froid est une partie non négligeable de notre objectif. C’est pourquoi nous avons recours à des technologies avancées pour le complexe de Kungbrohuset de manière à économiser un maximum l’énergie. Il s’agit, autant que faire se peut, d’éliminer l’action des rayons du soleil, par exemple. Pour se faire, on a fait appel à un vitrage intelligent pour la façade, du verre qui filtre la chaleur mais pas la lumière, des vitrages français en fait. Construire des bâtiments avares en énergies et respectueux de l’environnement revient à 7 % plus cher que du traditionnel, mais le retour sur investissement est très rapide « , explique Karl Sundholm.

Kungsbrohuset

Kungsbrohuset

D’autres techniques économes d’énergies viendront compléter la construction à  » l’environnemental intelligent  » qui, pour l’instant, n’en est qu’au stade de l’ossature : des ascenseurs  » verts  » équipés de frein à disque électromagnétique qui génère de l’électricité au freinage – plus on prend l’ascenseur plus on produit d’électricité ; un interrupteur  » vert  » en dehors de chaque bureau qui coupe l’électricité dans la pièce – ordinateurs, imprimantes, chargeurs de portables, éclairage, radio, TV, chaîne Hi-fi, etc. On peut cependant se poser la question de savoir si l’éclairage la nuit de la façade de ce monolithe de verre est durablement correct ?  » La question a été posée, on a envisagé de ne pas l’éclairer… mais finalement on va le faire avec des ampoules basse consommation. On passe en revue tout ce qui existe en matière de techniques  » vertes « , et on voit si c’est adaptable à notre projet. L’objectif, c’est de tendre le plus possible vers la réalisation d’un immeuble de type ‘passif’ « , fait observer Karl Sundholm.

Innovation encore dans l’approche écolo,  » on essaye de faire en sorte de passer des contrats en amont avec des acteurs communs au fonctionnement de l’immeuble : fournisseur d’énergie, société de nettoyage, de gardiennage, fleuristes, fournisseurs de papier, différents corps de métier pour l’entretien de l’immeuble, traiteurs, sociétés d’entretien de plantes vertes et d’aquariums, etc., etc., de manière à réduire l’impact sur l’environnement… Selon nos calculs, en grappillant ainsi à droite à gauche, on a déjà réussi en théorie à diminuer de plus de la moitié, la consommation d’énergie. Et en ce qui concerne les émissions de dioxyde de carbone du complexe, elles seront réduites de 75 %, diminution qui va dans le sens des directives édictées par le gouvernement suédois en la matière « , conclut Karl Sundholm.
Le complexe passif de Kungsbrohuset suscite un gros intérêt à l’étranger, des bureaux d’architectes aux promoteurs. Allemands, Français, Japonais et Anglais ont déjà fait le déplacement pour s’informer du transfert du surcroît de chaleur de la gare au nouveau bâtiment. Cette récupération de l’énergie par le biais d’une technique somme toute simple et archi-connue, n’est certes pas révolutionnaire, mais, comme on dit devant l’évidence :  » Il suffisait d’y penser ! « 

5 reflexions sur “Gare de Stockholm :  » Gare au chaud et froid écolo ! « 

  1. ioniseur

    Très bonne réflexion de Lavoisier : « La réflexion de Lavoisier selon laquelle : Rien ne se perd…tout se transforme »

    écolo à 100% !

    Bonne fin de dimanche, gael

  2. WPT

    Il est vrai que l’on est un peu en retard France. N’oublions pas qu’il y a pleins d’autres moyen de chauffer les bâtiments. La géothermie et l’énergie solaire est encore très peu utilisé.

  3. Corinne

    bonjour, je suis anseignante, et lors d’un prochain séjour à Stockholm avec mes étudiants français, nous souhaiterions avoir des informations sur ce projet. Comment pourrais je avoir les coordonnées du responsable du projet Mr Karl SUNDHOLM.
    Merci pour votre aide

  4. dd

    Corinne, il ft téléphoner à la société Jernhuset qui gère l’immeuble de la gare et ses rénovations et dont Karl Sundholm est le responsable