Hammarby Sjöstad : entretien avec Malena Karlsson.

Entretien avec Malena Karlsson, chargée des relations publiques de GlashusEtt, Hammarby Sjöstad, Stockholm : « Hammarby Sjöstad est probablement le projet urbain suédois le mieux connu à l’étranger ».

GlassHusett, le pavillon vitrine d’Hammarby Sjöstad a vu passer des centaines de délégation venues du monde entier s’informer sur le modèle éco-cycle d’Hammarby. « Notre mission de conseils et d’informations a porté ses fruits. Hammarby Sjöstad n’est pas un quartier écologique au sens strict du terme, en effet, les gens qui y habitent ne sont pas des écologistes, mais des Svensson lambda qui ne savent pas nécessairement au départ que c’est une zone d’habitat qui intègre une approche environnementale. Ils deviennent cependant très vite perméables à cette notion… Nous ne sommes pas des intégristes de l’environnement, notre profil c’est l’urbanisme durable… »

« – Les urbanistes qui ont conçu le quartier se sont attachés à la gestion intégrée des ressources environnementales, l’eau, le soleil, les déchets, etc., en ville. Il s’agissait de diviser par deux l’impact environnemental en contribuant à la durabilité. L’approche environnementale de Hammarby Sjöstad est née bien avant que Al Gore fasse le tour de la Terre en apôtre du réchauffement climatique ! »

Hammarby Sjöstad : entretien avec Malena Karlsson

Comment maîtriser, autant que faire se peut, l’empreinte écologique sur le métabolisme urbain ?
Par la valorisation organique et thermique des déchets et des eaux usées, affirme les urbanistes d’Hammarby.
« L’écoquartier n’a pas de production énergétique en propre, l’électricité provient de la ville de Stockholm (80 % d’énergies renouvelables, le reste d’énergies fossiles), le chauffage urbain aussi, en partie. L’écocycle est basé sur la récupération de la chaleur des eaux usées domestiques et la valorisation des déchets.

– Les eaux usées subissent un traitement dans la station d’épuration de Henriksdal, toute proche – les boues contribuent à fabriquer du biogaz ; décontaminées, elles sont utilisées pour l’épandage des cultures. Les eaux propres sont ensuite réinjectées dans le système de chauffage urbain où leur chaleur est récupérée par le biais de pompes à chaleur. Refroidies, les eaux sont finalement rejetées dans la Baltique. Quant aux pluviales et aux eaux de ruissellements, après décantation, elles alimentent l’escalier (sculpture intégrée) de Dag Birkeland pour finir par couler dans les différents canaux du site.

– La gestion des déchets est en partie basée sur la technique Envac d’aspiration des déchets sous vide (des conduites souterraines). La moitié du quartier est raccordé à ce système, l’autre ayant recours à la collecte classique des ordures ménagères, avec camion bennes. Les ordures ménagères sont en principe destinées au compostage et à la production de biogaz. Malheureusement, pour des raisons de tri sélectif trop laxiste, nous les incinérons. Il nous faudra encore quelques campagnes d’informations pour convaincre les habitants du bien fondé d’extraire le plastique des ordures. Les centres d’incinération ne sont pas sur place. Nous délivrons tant de tonnes de déchets au fournisseur d’énergie et il nous crédite de la chaleur récupérée correspondante. À noter que le tri sélectif : ordures ménagères, déchets encombrants ou dangereux, etc., est la règle pour tous les résidents. »

Mais qui vit à Hammarby Sjöstad ?

« La majorité de la population oscille actuellement entre 25 et 35 ans. Ce n’était pas du tout ce qui avait été imaginé par les concepteurs du projet. La cible, c’était des couples dont les enfants avaient quitté la maison, des Dink (double income no kids [deux salaires sans enfant]). Au lieu de cela on a vu débarquer des Dimk (double income many kids [deux salaires avec beaucoup d’enfants]), d’où des difficultés à trouver des locaux pour accueillir les garderies et les crèches, par exemple. 70 % des appartements sont des deux pièces (78 m2) et des trois pièces (90 m2). Vu que le standard suédois prévoit que les enfants aient chacun leur chambre, ça pose quelques problèmes ! On ne sait pas trop bien encore où l’on va en terme de population… Les habitants apprécient la conception du quartier et des appartements, l’espace créé, les espaces verts, la proximité de l’eau, le fait que ce soit neuf, propre, coquet…Se sentent-ils Stockholmois à part entière ou bien Hammarbyiens ? Difficile à dire ? »
Des appartements dont les prix sont les mêmes qu’en ville : 50 à 60 000 SEK/m2 (4 600-5 500 €), aux charges élevées (entre 4 à 6 000 SEK par mois [370-550 €]), du fait que les constructions sont neuves, avec des loyers à l’envi…
« Les promoteurs n’ont pas fait une fixation sur la réalisation de constructions passives, économes en énergies, pour les premières tranches d’immeubles. Les derniers le seront davantage, mais rien à voir avec les réalisations du quartier Eriksberg à Göteborg – dont les promoteurs n’ont pas misé sur un centre d’information comme nous pour se faire connaître – ou le quartier Bo 2001 à Malmö. Nos immeubles sont construits avec des matériaux renouvelables, recyclables ou recyclés, pierre, bois, verre… mais ils ne sont pas directement passifs. »
Les bonnes pratiques ont dominé le projet, indépendamment de quelques dérapages, comme l’importation de granit en provenance de Chine (dans un pays granitique !) pour les bâtiments et les aménagements urbains, chaussée, trottoirs, etc., ou encore l’histoire de cette entreprise qui voulait importer des bois exotiques pour l’habillage d’une place : « La mondialisation a ses travers et au niveau environnemental, ça peut être une catastrophe ! »… D’autres erreurs ont été évitées de justesse, comme la coupe claire de la chênaie de Ekbacken. L’intervention musclée de l’Association de protection de la nature et d’un écologiste énervé ont évité aux chênes quatre fois centenaires de goûter de la tronçonneuse. « Et pourtant, le respect de la biodiversité et le développement durable étaient au cœur des priorités pour le projet ! La chênaie est désormais classée réserve naturelle, lorsque Nacka, à proximité, a obtenu ce statut en 2007. »

Les premiers propriétaires et locataires ont emménagé en 2001. Les premiers bilans s’imposent donc.

« Nous souhaiterions que les acteurs de ce quartier (habitants, promoteurs, commerçants, etc.) jouent mieux le jeu du durable. Changer les comportements n’est pas chose aisée ! Il nous faut mieux informer pour que le concept soit mieux compris et respecté. Nous voudrions que l’ensemble du quartier soit raccordé au système Envac d’aspiration des ordures ménagères et que le tri des déchets soit à la fois plus systématisé et plus efficace. Actuellement, chaque immeuble a ses propres règles, il aurait sans doute fallu des mesures plus collectives. En ce qui concerne la consommation d’eau, elle est encore un peu trop élevée. Là aussi, les habitudes jouent en notre défaveur. Autre point sensible, l’automobile. Nous n’avons pas été suffisamment restrictifs. Du taux de 0,3 voiture par ménage prévu au départ, on en est aujourd’hui à 0,7, voire plus. Les Suédois aiment leurs voitures malgré le prix prohibitif des garages (1 500 SEK [140 €]) par mois. »
Et pourtant les transports ont été optimisés pour répondre aux critères de durabilité. Tramways, bus à l’éthanol, ferry et covoiturage sont largement à disposition.

Hammarby n’est pas la seule zone réhabilitée dans la région de Stockholm. D’autres projets résolument environnementaux sont en cours de réalisation dans les quartiers de Norra Djurgårdsstaden et Västra Liljeholmen à la périphérie de la capitale. Là aussi, des espaces résidentiels haut de gamme à caractère environnemental sont prévus… En outre, un programme, « rénovation de 9 000 logements » prévoit une remise à niveau d’appartements ayant été construits dans les années 1960-70 dans le cadre du projet « miljonprogrammet » qui visait à réaliser un million d’appartements entre 1965 et 1975. Les banlieues des années 1960 en Suède, sont aussi « accueillantes » que celles de Sarcelles en France, pour ne prendre que cette ville. « C’est un peu dommage qu’il n’y ait pas eu une action mieux concertée concernant la réhabilitation des banlieues qui entoure la capitale. Les politiques auraient pu imaginer une démarche d’urbanisme globale pour le grand Stockholm intégrant une perspective durable. Il n’est sans doute pas trop tard ! », conclut Malena Karlsson.

Le quartier Hammarby Sjöstad relègue définitivement l’architectonie « stalinienne » des années 1960 aux oubliettes et confère aux années 2000 ce qu’était l’avant-garde du fonctionnalisme dans les années 1930. Cette zone écolo-post-moderno-fonctionnaliste est aussi contiguë à la réserve naturelle de Nacka : toujours la « campagne à la ville » !