La construction durable à la manière scandinave : réalisations danoises

Le développement durable est à l’ordre du jour, en tout premier lieu dans les secteurs de la construction et de l’aménagement de l’environnement. Les beaux principes et les belles résolutions en ce domaine frisant parfois l’overdose, nous avons préféré porter nos regards sur des réalisations concrètes, prouvant, si besoin était, que tout n’est pas perdu dans le pire des mondes !

Or, pour y voir plus clair chez soi, il peut être utile d’aller enquêter chez le voisin. C’est dans cet esprit que nous relaterons ici les différentes étapes d’un voyage d’étude en Scandinavie. Première halte : Copenhague.

Nul n’échappe aux impératifs du développement durable. Dans le BTP notamment, reconnu comme étant un producteur majeur de CO² et de gaz à effet de serre, le respect de l’environnement est devenu une priorité. Sans pour autant minimiser l’évolution et les perfectionnements de l’industrie de la construction traditionnelle, les techniques et matériaux propres à l’éco-construction et de l’aménagement durable enregistrent une très significative progression, l’exploitation de leur caractère innovant permettant très souvent d’occuper le terrain de l’information.

Il est ainsi devenu impossible d’échapper à certains nouveaux « concepts » ou références tels que RT (réglementation thermique) 2005 et déclinaisons ultérieures, BBC (bâtiment basse consommation), Effinergie (référentiel français de performance énergétique des bâtiments neufs ou existants), Maison passive (équivalent français de la norme allemande PassivHaus), certification Minergie® (label de qualité inventé en Suisse), éco-quartiers… Des exemples occupent ainsi, sans nul doute à juste titre, le devant de la scène médiatique : le land du Vorarlberg en Autriche, la ville de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne), réputée pour être la capitale mondiale de l’écologie, le quartier BedZed (Beddington Zero Energy Development) à Londres…

Au cours d’un périple en Scandinavie (Danemark, Suède, Norvège), organisé par la Fédération des Parcs naturels de France et le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de l’Oise, nous avons pu approcher certaines réalisations qui, sans se prévaloir nécessairement de la même aura médiatique, n’en sont pas moins des illustrations d’une authentique démarche dans le sens de la construction écologique et de l’aménagement durable de l’environnement.

Copenhague pour le Danemark, Malmö, Oxie, Dalby et Helsingbord pour la Suède, Fredrikstad et Oslo pour la Norvège : telles furent les étapes du circuit. Tout en tenant compte des risques d’une généralisation par trop facile, il nous semble néanmoins que de réelles constantes relient les trois pays visités en termes de mœurs constructives et de respect de l’environnement. D’où l’opportunité de l’itinéraire choisi pour le périple. D’où également la possibilité qui nous a été offerte d’englober dans le même regard la pratique « scandinave » du développement durable.

Copenhague

Copenhague

Les atouts communs aux trois pays scandinaves

Premier constat : la nature, en Scandinavie, est omniprésente, respectée, quasiment vénérée. Même les grande villes sont aménagées de telle sorte qu’un parc ou autre espace vert y soit à portée immédiate de promenade. Exception faite, une fois encore, de ces grandes agglomérations, la population ne se bouscule pas au portillon pour profiter des avantages d’un environnement protégé. Certes, le Danemark (5,4 millions d’habitants) compte 128 habitants au km², nettement plus que la France avec ses 93 hab/km², mais son territoire ne s’étend que sur 43.000 km², avec 7.314 km de littoral. Quant à la Suède, elle ne compte plus que 22 hab/km² et la Norvège bat le record avec seulement 14 hab/km².

L’eau fait également partie du quotidien de très nombreux Scandinaves qui habitent à proximité d’une mer ou d’un lac. Est-il besoin de rappeler qu’ils sont les descendants des intrépides conquérants des mers que furent les Vikings ?

Cette ouverture directe sur la nature, les Scandinaves n’entendent pas la contrarier, dans leur habitat, par des aménagements ne faisant partie ni de leurs mœurs, ni de leurs besoins. L’exemple le plus éloquent est bien l’absence quasi universelle de volets, et même de rideaux, aux fenêtres de leurs maisons ou appartements. Il n’est guère que dans les hôtels que l’on voit ce type d’équipements ! Pour s’isoler, non pas des regards (les passants restent discrets et respectueux de l’intimité d’autrui), mais du froid, les fermetures à double ou triple vitrage sont par contre indispensables. Il faut par ailleurs préciser que l’absence d’occultation des fenêtres est aussi justifiée par la recherche de luminosité, surtout en hiver où l’ensoleillement se fait moins intense et dure beaucoup moins longtemps que dans nos régions tempérées.

Une surprise attend le visiteur, professionnel ou non du bâtiment et de l’aménagement du territoire, qui découvre la Scandinavie : le nombre d’éoliennes installées à l’intérieur des terres ou offshore. La Norvège compte actuellement 14 champs d’éoliennes, la Suède 106, et le Danemark 83 (soit une production d’énergie couvrant 20 % des besoins de ce pays). Est-ce à dire que, dans ces trois pays, l’aspect polémique a été occulté ou adroitement négocié pour faire place au pragmatisme des solutions en matière d’énergies renouvelables, loin des guéguerres idéologiques que s’ingénient à inventer certains pays culturellement autres ? On peut au moins se poser la question.

Les pays scandinaves réservent une autre surprise de taille, tout spécialement aux professionnels de la construction : les audaces architecturales maintes fois affichées dans ces pays. L’imagination créatrice des architectes et bâtisseurs y semble moins sujette à contraintes, en tout premier lieu dans le domaine de la sécurité, que dans d’autres pays. Combien de garde-corps ou de rambardes ne manquent-ils pas à l’appel sur des constructions nouvelles, alors qu’ils seraient absolument de rigueur, en France par exemple ? Entre le « Bravo l’archi ! » et le « Comment est-ce possible ? », les architectes et spécialistes de l’aménagement durable qui composaient notre groupe de périple en Scandinavie furent souvent embarrassés pour faire leur choix. Et de comparer, bien sûr, avec leur propre situation…

Avant que d’être l’objet d’une avalanche de décrets ou de quelque haut sommet de l’environnement, l’écologie est globalement, chez les Scandinaves, un état d’esprit, un réflexe, un comportement naturel et quotidien. La gestion des déchets quotidiens, par exemple, dont certains particulièrement (mal-)odorants (on se comprend !) sont réintégrés dans la fabrication de compost, ne fait globalement l’objet d’aucune réticence. Et que dire de l’utilisation des vélos ? Ils sont légion à Copenhague, Malmö, Lund ou Oslo, de toutes sortes, des vieux engins tout rouillés aux VTT dernier cri. Il est vrai que l’aménagement des villes leur fait la place belle, avec un réseau de pistes et routes cyclables qui reste un modèle en Europe. À l’évidence, les mœurs écologiques ne sont pas là-bas observées sous la contrainte ou tributaires d’un simple effet de mode. Elles sont intégrées dans le quotidien, dans l’éducation et dans les règles du vivre-ensemble.

Une nouvelle plage pour Copenhague

À 5 km du centre de Copenhague, au sud-est de la ville, une île artificielle de 4,6 km de long a été inaugurée en 2005 dans les eaux de l’Öresund. Créée avec le sable provenant du creusement d’une lagune qui la sépare du rivage de l’ancien site industriel de Kastrup, elle est reliée à ce rivage par trois ponts. Elle permet aux habitants de Copenhague et environs (1.400.000 habitants) de profiter, dans d’excellentes conditions, des loisirs de plein air et des plaisirs de la baignade dans des eaux plus profondes et de meilleure qualité.

Elle est composée de deux plages : l’une, au nord, à laquelle les aménageurs ont laissé un caractère naturel plus « sauvage » et plus propice à l’isolement au milieu des dunes de sable ; l’autre, au sud, qui bénéficie de davantage d’équipements et aménagements (marina, promenade en béton très fin pour permettre de circuler pieds nus, espaces verts, club nautique, petites cabanes en bois…) tout en laissant aux personnes et familles qui la fréquentent la possibilité de s’approprier l’espace comme elles le souhaitent.

L’aménagement de cet Amager Beach Park est le fruit d’une longue concertation, entamée dès les années 1980. Le projet a été négocié avec les associations locales. Un comité a été formé pour l’élaboration de propositions… dont le bien-fondé et la cohérence, précise Dan Haslov, architecte du projet, « ont convaincu les responsables politiques »!

À 100 m du rivage, relié à celui-ci par un ponton en bois, un immense coquillage de 870 m², également tout en bois d’azobé, fait fonction de piscine et de solarium. Imaginée par l’architecte Fredrik Petterson, cette « sculpture » en pleine mer, de forme circulaire sur plusieurs niveaux, comporte un bassin de 4 m de profondeur, à l’abri du vent quelle qu’en soit la direction, des escaliers pour accéder des niveaux supérieurs à l’eau et un plongeoir donnant sur l’extérieur de la piscine.

Inscrite dans le projet d’aménagement du Kastrup Strand Park, la piscine est éclairée la nuit par des spots à LEDs. Ces diodes électroluminescentes soulignent les contours de la « sculpture » pour transformer l’espace de loisir en une œuvre d’art inscrite sur fond de mer où l’on devine d’un côté un champ d’éoliennes, de l’autre, la silhouette du pont sur l’Öresund reliant le Danemark à la Suède.

Vesterbro : la revitalisation d’un quartier

Construit entre 1850 et 1920 (90 % des bâtiments datant d’avant 1900), ce quartier central de Copenhague (Inner Vesterbro) se caractérisait par un niveau de confort, et tout d’abord de salubrité, extrêmement faible : 64 % des appartements ne possédaient pas de chauffage central ni d’eau chaude sanitaire ; 71 % n’étaient pas équipés en salle de bains et 11 % ne disposaient pas de WC.

Environ 6.500 habitants, en grande partie des ouvriers, des étudiants, des retraités ou des chômeurs, étaient répartis dans les 19 îlots d’immeubles à 5 ou 6 étages, où ils vivaient dans des conditions souvent précaires. D’où l’apparition, dans ce qu’il fallait bien appeler un ghetto, du trafic de drogue et de la criminalité…

Il fallut attendre les années 1980 pour y voir apparaître un projet de réhabilitation concocté par la municipalité de Copenhague, avec la participation active des résidents, notamment des étudiants soucieux d’écologie et de développement durable.

Compte tenu de l’état de dégradation des logements, et donc de l’urgence des travaux, deux grandes tranches d’intervention furent programmées. La première concernait les immeubles les plus dégradés et menacés de démolition, soit 17 % des logements. Financés pour la plus grande partie (95 %) par l’État danois et la Ville de Copenhague, les 5 % restants étant à la charge des propriétaires, les travaux engagés eurent pour but de résorber l’insalubrité : isolation extérieure des immeubles, restructuration et agrandissement des habitations pour y aménager des salles de bains et des sanitaires, création d’espaces communs en rez-de-chaussée ou dans la cour intérieure pour la mise en place de laveries communes ou autres commodités. Puis sont venues s’adjoindre d’autres réhabilitations plus directement inspirées des techniques écologiques : système de chauffage urbain, énergie solaire passive (surfaces vitrées et puits de lumière), installation de panneaux solaires pour la production d’eau chaude et de panneaux photovoltaïques sur les façades, récupérateurs de chaleur, gestion des déchets (tri sélectif et installation de systèmes de compost), aménagement de zones vertes et création de murs végétalisés…

Étant donné l’importance des chantiers, les locataires durent être délogés, au moins momentanément, durant toute la durée des travaux. Une bonne partie d’entre eux ne réintégrèrent cependant pas leur ancien logement une fois les travaux terminés, pour cause de loyer ayant subi une augmentation du simple au double sur cinq ans. L’obligation de relogement (dans la même ville et conformément aux besoins exprimés par les habitants) semble en effet avoir donné satisfaction à la majorité des personnes délogées.

Les immeubles les moins dégradés (83 % des logements) furent regroupés dans la deuxième tranche de travaux. Dans ce cas, la réhabilitation a été faite aux frais des propriétaires, avec une aide des fonds publics de la Ville de Copenhague. Les résidents purent même rester dans leur logement durant la période des travaux.

Bilan de ce vaste chantier de réhabilitation inspiré par le pragmatisme, la solidarité et la concertation citoyenne : les résidents de Vesterbro connaissent désormais des conditions de vie beaucoup plus confortables, au sein d’un quartier irrigué par de nombreux commerces de proximité et tous les avantages de la vie citadine. Avec en plus cet avantage sur de nombreux autres quartiers de Copenhague : la satisfaction d’avoir participé activement, dans leur cadre de vie quotidienne, à la dynamique écologique de leur ville et de leur pays.

Une réflexion au sujet de “La construction durable à la manière scandinave : réalisations danoises

  1. Coût panneau solaire

    Compenhague est vraiment une ville magnifique et les gens s’intéressent réellement à l’écologie. Rien qu’à voir le nombre de personne qui se déplacent à vélo c’est impressionnant et rafraichissent ! Bien sur, on y mange attrocément mal et le bio est hors de prix, mais ça c’est un autre problème…