La construction durable à la manière scandinave : réalisations suédoises

Poursuite de notre périple au cœur des techniques constructives respectueuses de l’environnement, telles que les conçoivent et les mettent en application les bâtisseurs scandinaves.
Après Copenhague, direction la Suède en empruntant le pont sur l’Öresund. Quatre haltes ponctueront cette deuxième étape : Malmö, Oxie, Dalby et Helsingborg.

Bo01 : une préfiguration de la « ville de demain »

Le quartier de Västra Hamnen est une ancienne zone industrielle de Malmö (troisième ville de Suède, 280.000 habitants). Situé en bord de mer, sur une superficie de 22 hectares, il abritait l’essentiel de l’activité industrielle de la ville : industrie textile, chantiers navals, usine automobile Saab, informatique…
Dans les années quatre-vingt, sous l’effet des crises économiques et des délocalisations, la prospérité économique du quartier connut un déclin brutal et irréversible. Västra Hamnen se transforma finalement en une friche au sol pollué.
Dans le cadre d’un programme de développement régional (« Esprit de Scanie ») et par suite d’un large processus de consultation mené auprès des autorités locales, des associations, des entreprises, etc. ayant débouché sur une Charte de qualité signée entre la ville et les promoteurs, la municipalité de Malmö entreprit de redynamiser ce quartier. Elle l’aménagea tout d’abord pour accueillir l’Exposition européenne de l’Habitat de 2001 sur le thème « Ville de demain, dans une société de l’information et du bien-être, écologiquement durable ». D’où la nouvelle appellation du quartier : Bo01 (Bo étant une abréviation de bostad, habitat). La ville de Malmö reçut à cette occasion un soutien de la Communauté Européenne en raison de l’exemplarité de l’aménagement dans le respect de l’environnement.

Malmö - Bo01

Malmö – Bo01, Peter Andersson

Sur cette lancée, l’exposition de 2001 ayant servi de laboratoire, le projet de réaménagement de Västra Hamnen fut à nouveau mis sur les rails pour faire de Bo01 l’un des fleurons européens en matière d’urbanisme et d’éco-construction. La « Ville de demain » serait non seulement un beau et généreux concept de circonstance, mais bien une réalité !
C’est ainsi qu’a commencé à prendre forme et vie tout un quartier, encore actuellement en cours d’aménagement, à partir de principes constructifs au top du développement durable:

  • autonomie énergétique, l’objectif étant d’atteindre les 100 % des besoins couverts par les énergies renouvelables : électricité produite par une éolienne de 2 MW installée sur le site de Norra Hamnen, à 3 km de la zone portuaire de Malmö, et 1.400 m² de panneaux solaires photovoltaïques ; production de l’eau chaude sanitaire à partir de la géothermie (85 %) et de l’énergie solaire (15 %) ;
  • recours à des solutions éco-constructives, avec utilisation de matériaux écologiques et recyclables, notamment pour l’isolation ;
  • valorisation du front de mer avec l’aménagement de quais en bois ;
  • définition d’un plan d’ensemble, les grands immeubles étant construits face à la mer pour protéger ainsi le cœur du quartier des vents violents provenant du large ;
  • traitement sélectif des eaux usées pour en extraire les métaux lourds (qui sont recyclés et réutilisés) et les composants phosphorés (convertis en engrais) ;
  • récupération des eaux de pluie par des canalisations et des toitures végétalisées ;
  • évacuation des déchets, ayant préalablement fait l’objet d’un tri sélectif, par des canalisations souterraines à vide d’air (ces déchets étant en partie incinérés pour la production de biogaz) ;
  • priorité donnée, dans l’aménagement urbain, aux rues piétonnes et aux voies cyclables ;
  • création de nombreux espaces verts et plans d’eau à proximité immédiate des lotissements : sur 1.000 m², la construction des habitations est limitée à 500 m², 300 m² devant être réservés aux espaces de verdure.

Quant aux services communs et aux comportements individuels, ils sont inspirés et encouragés par la même dynamique volontariste. Afin de limiter au maximum la circulation automobile, un réseau de transports par cars fonctionnant à l’énergie électrique (et bénéficiant d’un système de passage automatique au feu vert !) a été mis en place. En complément, le covoiturage est encouragé et assisté par une base de données, à l’échelon du quartier, sur les offres et les demandes. À des fins d’encouragement aux habitudes écologiques, chaque maison ou appartement est équipé d’un outil de contrôle et de comparaison des consommations en eau, électricité et chauffage : d’où une gestion autonome des ressources énergétiques, sans que pour autant soit remis en cause le confort.
Sans doute est-il prématuré de dresser un bilan global de cette réalisation entièrement conçue sous la bannière de l’éco-construction. L’impression dominante, lorsque l’on circule (à pied, évidemment !) dans les rues et passages de ce quartier, est pour le moins contrastée. Certes, les architectures très variées des quelque 3.000 logements sont un réel enchantement pour l’œil. La qualité de vie y apparaît comme une évidence, mais quelque peu aseptisée. En outre, étant donné le niveau de vie élevé que suppose l’acquisition des luxueux logements du Bo01, les responsables de ce programme de lotissement sont certainement loin du compte, eux qui avaient tablé sur la mixité sociale de la population du nouveau quartier.
La cité écologique du futur y est bien d’actualité, réalisation exemplaire d’une adaptation environnementale réussie, sur un espace qui n’était auparavant qu’un polder témoin d’un désastreux déclin industriel, mais elle est bâtie sur une abondance de techniques et de moyens (notamment financiers) pouvant laisser perplexe sur les perspectives de développement ultérieur du même concept constructif.
Alors ? Bo01 est-il en avance sur son temps ? Peut-être… à l’image de la Turning Torso, une tour « tordue » imaginée par l’architecte espagnol Calatrava, qui, du haut de ses 190 mètres, est devenue le symbole de ce quartier futuriste. Critiquée par certains, admirée par de très nombreux adeptes des audaces architecturales, elle connaît, sous le soleil (voilé) de Suède, à peu près le même sort qu’une certaine tour Eiffel. L’optimisme est donc de mise !

Augustenborg : 9.000 m² de toitures végétalisées

Malmö, banlieue sud-est. Changement de décor. Augustenborg est un quartier d’habitat collectif de 3.000 habitants, bâti dans les années 40. Confronté à un phénomène récurrent d’inondations et à une offre de logements de meilleure qualité dans le reste de la ville, il s’est progressivement dégradé. Dans un contexte de chômage élevé et de déclin économique, sa population, comportant un important pourcentage d’immigrés originaires des Balkans et d’Europe de l’Est, était très dépendante des aides sociales de l’État.
Tant qu’à entreprendre des opérations de réhabilitation de ce quartier, la ville de Malmö et la société de logement MKB leur ont donné également une connotation écologique. Le projet « Ekostaden Augustenborg » a ainsi engagé tout un programme de travaux pour la réduction des consommations énergétiques (amélioration de l’isolation, installation de panneaux photovoltaïques…) et la régulation des écoulements d’eaux pluviales (création de systèmes de drainage, de canaux, d’étangs et de zones temporairement inondables pour protéger les
habitations). Pour cette gestion-valorisation des eaux de pluie, les aménageurs ont également créé de très grandes toitures végétalisées (globalement : 9.000 m²), principalement sur les bâtiments des services techniques municipaux et autres locaux industriels. Certaines de ces toitures font l’objet d’expérimentations sur les espèces végétales, avec un parcours pédagogique accessible au public.
Par l’aspect pragmatique des travaux de réhabilitation dont il a fait l’objet, le quartier d’Augustenborg est à cent lieues de Bo01. Il ne se réclame d’aucun grand nom de l’architecture, ni d’aucune réalisation tape-à-l’œil. La préoccupation écologique n’en est pas moins très présente, non pas comme une fin en soi ou comme une simple démonstration de nouveaux savoir-faire, mais comme participant d’un véritable projet de développement durable où les préoccupations sociales et économiques demeurent prioritaires.
Il est d’ailleurs très révélateur que la population locale a été très impliquée dans la préparation et la réalisation d' »Ekostaden ». À ce titre, elle est toujours restée au « centre du processus ». En amont tout d’abord, dans le cadre de réunions préparatoires et même de voyages d’information dans d’autres villes suédoises. Durant la réalisation du projet ensuite, un appel ayant été lancé aux compétences locales pour encourager l’esprit d’initiative et d’innovation.

Habitat et nature : deux éco-hameaux

Myrstacken et Solbyn sont deux hameaux à la fois proches d’une grande agglomération et totalement immergés dans un environnement naturel protégé.
Le premier, inauguré en 1992, a été construit sur la commune d’Oxie, à 7 km au sud-est de Malmö, sur une initiative de la municipalité de cette commune. Il regroupe 37 maisons.
Le second, inauguré au cours de l’hiver 1987, a été construit sur la commune de Dalby, à 10 km au sud-est de Lund. Il regroupe 50 maisons. Ce sont les futurs résidents, des écologistes végétariens, qui furent à l’origine de sa création.
Alors que Solbyn (« village du soleil »), l’un des plus anciens éco-villages de Suède, n’a recours, dans le domaine des énergies alternatives, qu’au solaire « passif » (orientation sud des cuisines et salons, orientation nord des chambres, chaleur emmagasinée par des vérandas de conception très simple), Myrstacken a bénéficié de l’installation de panneaux solaires pour la production d’eau chaude.
De manière plus globale, les deux hameaux ont été conçus à partir de pratiques éco-constructives que nous pourrions qualifier, au regard des performances des éco-matériaux actuels et des techniques modernes d’éco-construction, de « basiques », même si elles sont toujours efficaces : bonne orientation, chauffage au bois (complété au besoin par des radiateurs électriques), traitement local des eaux usées, tri des déchets pour la fabrication de compost, production locale de fruits et légumes, interdiction de la circulation automobile (parking obligatoire à l’entrée des hameaux)… Est-ce l’habitat qui s’est invité au cœur de la nature ? Ou l’inverse ? Pour les résidents des deux hameaux, comme sans doute pour les Scandinaves en général, nature et habitat ne font qu’un en réalité, comme le souligne Gonzague Sandevoir, l’un des participants de notre voyage d’étude en Scandinavie: « Pour les Scandinaves, la nature est toujours présente, alors qu’en France, on sépare nature et construit, ville et campagne, sans aucun lien. On affirme souvent qu’ils sont plus proches de la nature que nous. Dans les faits, ils n’en sont pas plus proches : ils n’en sont jamais sortis, alors que nous vivons nous-mêmes dans un univers plus extériorisé de la nature. Nous sommes rentrés, de puis le XVIe siècle, dans une nature-culture. »
Dans les deux éco-hameaux d’Oxie et de Dalby, des espaces communs ont été aménagés : jardin collectif et locaux pluri-fonctionnels (laverie, jardin d’enfants, salle de réunions, hébergement pour hôtes de passage…). C’est d’ailleurs cette dimension sociale qui y a inspiré les conditions de vie et qui reste primordiale pour les résidents. L’écologie des techniques de construction et des modes de comportement n’y apparaît pas, ici encore, comme une fin en soi, mais bien comme la voie vers une meilleure qualité de vie, vers une réelle cohésion sociale, vers un mieux vivre-ensemble.

Les audaces architecturales d’Eos

Dernière halte en Suède, à Helsingborg, pour une rapide visite du programme « Eos » de l’architecte Anders Wilhelmson : 25 « unités d’habitation » en bande, l’ensemble formant un grand « 8 ».
Mieux vaut être prévenu : l’agence Wilhelmson Arkitekter AB, créée en 1989, se présente elle-même comme « sans références historiques ou formelles d’aucune sorte ». D’où un vocabulaire architectural en constante évolution.
En pénétrant à l’intérieur des anneaux du grand « 8 », on se retrouve au centre de deux espaces successifs d’une étonnante froideur. Quelques arbustes riquiqui et pas le moindre coin de pelouse. Du gravier sur le sol. Apparemment, pas âme qui vive. Atmosphère lunaire, surréaliste, de prime abord peu chaleureuse. Les façades des maisons sont toutes recouvertes de grandes tôles d’aluminium nervurées, telles des « armures protectrices » simplement percées au rez-de-chaussée de chaque « unité d’habitation » pour faire place à une porte d’entrée et à une baie vitrée rectangulaire. De toute évidence, chaque famille s’ingénie à orner cette baie par une sculpture ou autre objet d’art. Il doit donc y avoir une vie derrière les tôles d’aluminium !
À l’extérieur du grand « 8 », l’impression change du tout au tout. Chaque maison est prolongée par un petit jardin privatif, séparé du jardin voisin par une haie plus symbolique que réelle, avec vue directe, selon l’orientation, sur un espace arboré ou un plan d’eau.
Interprétation hasardeuse ou pas : il semble que le concepteur de ce programme d’habitations gérées en coopérative ait privilégié à la fois l’intimité de l’habitat et une « juxtaposition » sociale non pas contrainte, mais voulue. Dans un tel cadre, la vie relationnelle n’est pas celle qui, bon gré mal gré, s’affiche au vu et su de tous, mais celle qui, une fois dépassée l' »armure protectrice », s’exprime librement, soutenue par un indéniable confort intérieur et une non moins évidente qualité de l’environnement.

3 reflexions sur “La construction durable à la manière scandinave : réalisations suédoises

  1. Panneaux solaires

    C’est bien sympathique tout ça, mais qu’en est-il de l’esthétique des bâtiments? Franhchement, ce genre de constructions comme on peut en voir à Malmö c’est joli un temps, mais ça vieilli mal.

  2. FOURNIER NATHALIE

    Pourriez vous m’indiquer un organisme ou un guide architecte francophone spécialisés dans les techniques du bois dans la construction capable d’accompagner
    un groupe d’architectes techniciens souhaitant passer 4/5 jours à Stockholm au mois de juin afin de visiter des chantiers en cours, des entreprises du bois…
    Merci de prendre contact
    05 56 77 77 72.

  3. DD

    Il faudrait que vous preniez contact avec artotec en Suéde (cherchez sur le net, c’est un architecte francais qui s’en occupe)
    ou bien encore avec Yves Chantureau d’Equator Architure qui a aussi des bureaux à Paris et Stockholm et qui devrait vous renseigner. Bientôt un article sur ses activités devrait paraître ici même ou dans la version papier de notre journal LE FRANCOFIL’