Samsø : une île qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme !

Le Danemark a donné rendez-vous aux leaders du monde entier à Copenhague, du 7 au 18 décembre, pour négocier l’après-Kyoto. Une occasion en or, pour vendre à l’étranger l’image d’un pays modèle, royaume du vert, et champion du monde de l’éolienne et de la cogénération.

La ministre de l’Énergie et du Climat, Connie Hedegaard, sait y faire. En poste depuis 2004, cette ancienne journaliste de 49 ans, membre du parti conservateur, n’a de cesse de rappeler comment son pays a réussi l’incroyable défi de réduire de 14% ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990, tout en affichant une croissance économique de 45%.
Les sceptiques ne sont pas convaincus ? Elle leur conseille un séjour à Samsø. Elle y a d’ailleurs emmené en voyage scolaire, l’été dernier, une cinquantaine d’ambassadeurs postés à Copenhague. Au programme : découverte d’une île, qui produit aujourd’hui plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Modèle de ce que l’on peut faire de mieux, quand on mobilise des forces au niveau local. En dix ans, Samsø n’a pas seulement gagné son indépendance énergétique. Elle est parvenue à réduire de 140 % ses émissions de CO2, au prix d’un investissement de 108 000 couronnes par habitant (15 000 euros).

Par éolien

Le petit bout de terre flotte dans le détroit de Cattégat, entre les provinces du Jutland et du Seeland, au cœur du Danemark. 26 km de long sur 7 km de large. Le paradis de la pomme de terre nouvelle. La traversée en bateau, depuis le port de Kalundborg, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Copenhague, dure deux heures. Avant de jeter l’ancre à Kolby Kås, le ferry contourne, au sud de l’île, une dizaine d’éoliennes, qui pointent leur nez au-dessus des vagues. Tout un symbole pour Samsø, terre d’agriculture que rien ne prédestinait à cet avenir tout en vert. Et pourtant…
En 1997, le Danemark organise un concours. Le pays de 5,4 millions d’habitants veut augmenter sa production d’énergies renouvelables, afin de couvrir 35 de ses besoins d’ici 2030. Les autorités cherchent un lieu où expérimenter. Une sorte de laboratoire des bonnes pratiques. Plutôt un petit territoire isolé. Quatre îles et une presqu’île sont en lice. Samsø concoure presque à l’insu de ses 4100 habitants, dont la surprise est grande quand l’île remporte la compétition. Et l’honneur de se battre pour montrer que le renouvelable a de l’avenir.

Il faudra dix ans. Une décennie, pour gagner l’indépendance énergétique. Et surtout, la volonté d’un homme. Søren Hermansen, fils du pays, qui a revendu la ferme familiale pour se consacrer à l’enseignement. Quand tout le monde doute, lui croit. L’abattoir a mis la clé sous la porte. Les gens partent. L’île est en train de dépérir. « Il fallait faire quelque chose pour maintenir la communauté en vie. » Il sera le premier employé du projet et son plus ardent défenseur.
Durant les années qui suivent, il ne manque pas une réunion. Toute occasion est bonne pour rencontrer les habitants, qu’il faut convaincre, un à un. « Les gens étaient intéressés, mais ils ne voyaient pas en quoi ils étaient concernés. » D’autres défendent leurs intérêts. Le propriétaire de la cimenterie locale propose, par exemple, de bâtir une centrale nucléaire.

Finalement, trois ans plus tard, onze éoliennes sont érigées sur l’île, destinées à couvrir ses besoins en électricité. Une cinquantaine d’agriculteurs sont prêts à investir. L’Etat garantit un prix minimum de revente de l’électricité, suffisamment élevé pour assurer un retour sur investissement rapide. Neuf d’entre eux seront retenus. Les deux autres éoliennes sont gérées collectivement par les habitants de Samsø.
La deuxième étape consiste à installer sur l’île le chauffage urbain, alimenté en énergie par quatre centrales, nourries à la paille et à l’éolienne. Environ 60% des habitations sont désormais connectées au réseau. Les autres ont reçu la visite d’experts, venus leur expliquer leurs alternatives. L’électricien Brian Kjaer, sa femme et leur fils de deux ans, ont opté par exemple pour un poêle à bois, des panneaux solaires et une petite éolienne au fond de leur jardin. Bilan : une facture allégée de 1300 euros par an pour le chauffage et de 470 euros pour l’électricité.
Les transports restent un problème. Mis à part la voiture et le tracteur de l’agriculteur bio Eric Koch Andersen, qui fonctionnent à l’huile de colza, les véhicules roulent toujours à l’essence ou au diesel. En attendant de faire mieux, Samsø compense ses émissions de CO2 en exportant vers le reste du Danemark l’électricité produite par ses dix éoliennes offshore, dont la moitié appartient à la municipalité. Les profits réalisés sont reversés à l’Académie de l’énergie, dirigée depuis 2007 par Søren Hermansen.

Le gourou de l’énergie renouvelable parcoure désormais le monde pour porter la bonne parole. Avec un conseil : « On dit souvent qu’il faut agir localement et penser globalement. Moi, je dis qu’il faut agir et penser localement. Le reste suivra. » Il vient de se voir attribuer le « Göteborg Award », le prix Nobel de l’Environnement. Son prochain défi : chasser pesticides et autres produits chimiques de l’île, pour en faire un royaume du bio. « Mais ça prendra encore bien longtemps. »

Cet article est paru dans le troisième numéro du Francofil’, le journal de la francophonie en Europe du Nord.

12 reflexions sur “Samsø : une île qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme !

  1. DD

    mais il parait que l’éolien, c’est pas sérieux, c’est trop cher et ca bousille len paysage et que c’est juste une bouffée d’air pour l’environnement mais pas pour le durable !!

  2. audreyd

    Si seulement on faisait ça en France !!!
    L’éolien n’est peut être pas la meilleure solution, on trouvera mieux… mais écologiquement parlant c’est toujours plus intéressant que le nucléaire… ça a au moins le mérite d’exister !

  3. pompe a chaleur

    Je suis du même avis que anne74, l’initiative est bonne après et comme chaque solution : elle a ses inconvénients …

    Mais faut savoir ce que nous voulons!
    Personnellement je suis plutôt favorable à ce type d’initiative

  4. Chasseur Immobilier

    Très bon reportage qui ouvre les yeux.
    Le Danemark a plusieurs longueurs d’avance, mais en France il y a tellement de bonnes inventions dans les cartons.
    Si les procédures et contraintes administratives n’étaient pas si fortes……

  5. Geoffroy

    la simple vue d’éoliennes ne suffit pas à les disqualifier ni à dénaturer un paysage, surtout si elles sont implantées dans un secteur où existent déjà des infrastructures lourdes. Je suis plutot favorable à l’implantation des éoliennes.

  6. Radiateur inertie

    Une fois encore, on voit à quel point la France est en retard sur ses voisins européens.
    Beaucoup de paroles, peu d’actes (surtout d’actes utiles).

  7. blog energie renouvelable

    Une très bonne initiative de la part de l’île de Samsø.

    Il faudrait voir beaucoup plus de projets de ce type, là où je rejoins Eolienne pour particulier, il est nécessaire de diversifier les sources de production d’énergies renouvelables.