Errare « climate » humanum est !

À la veille du sommet de Copenhague sur les changement climatiques et au moment où l’on constate un flou, voire carrément une passivité politique en la matière, des scientifiques et des décideurs se réunissent un peu partout dans le monde pour tenter, autant que faire se peut, de faire entendre leurs craintes et leurs propositions. En Suède, la fondation Tällberg, qui depuis longtemps s’intéresse de près aux questions relatives au climat, a rassemblé des chercheurs, des éminences grises et des capitaines d’industrie pour faire un bilan de la situation écophysique de la Terre, juste avant Copenhague

« À ce rythme là, on va dans le mur ! » :c’est la conclusion, en moins élégant, certes, à laquelle est arrivé le panel de scientifiques, politiques et entrepreneurs réunis pour un séminaire sur la présentation des limites biophysiques de la Terre et des moyens à mettre en œuvre pour réduire le risque de dépassement de ces seuils ; séminaire organisé conjointement par la fondation Tällberg et le centre de Résilience de l’université de Stockholm.

Pour Bo Ekman, patron de la fondation Tällberg (aux frontières de l’ONG et du laboratoire d’idées), et au risque d’enfoncer des portes ouvertes, une nouvelle approche de la gestion de notre patrimoine est plus que nécessaire et, pour y parvenir, une collaboration de tous est hautement indispensable. « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de la Terre ! », et il est grand temps d’y remédier. « We are the World ! » chantaient Michael Jackson/Lionel Richie d’une façon un peu naïve. C’est notre monde que nous sommes en train de détruire et personne d’autres que nous sommes responsables de sa dévastation. Et même si la onzième heure a sonné, il est encore temps de prendre en considération les enseignements scientifiques de la recherche sur le climat et de tous relever les manches pour endiguer notamment les émissions de gaz à effet de serre. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Personne, malheureusement, n’est capable d’apporter une réponse claire. La Terre, comme le cerveau de l’Homme a un pouvoir de résilience, mais à partir de quel moment le phénomène devient irréversible ? Là non plus, la nébuleuse de propositions est loin d’être satisfaisante. Les politiques biaisent par la politique, les scientifiques s’accrochent à leurs courbes et les entrepreneurs ne jurent que par leurs actionnaires. Stop à la compartimentation. C’est de conserve que toutes les forces vives doivent faire face aux problèmes posés par le changement climatique. C’est en renforçant la volonté politique et en ramenant la confiance que l’on pourra, peut être, éviter une catastrophe dont les premiers effets se font déjà sentir.

Optimisme très réservé aussi du directeur du centre de Résilience de l’université de Stockholm, Johan Rockström, qui présentait un article publié dans la revue Nature, signé par 28 scientifiques de renom (dont le sien), qui se sont attelés à identifier et quantifier les limites biophysiques du système terrestre. En gros, la Terre ne peut pas accueillir toute la pollution du monde, il y a des limites, des points de rupture, au delà desquelles un retour à un fonctionnement « normal » est impossible. Quelles sont ses limites d’absorption, quelle est sa résilience ? Plaçons des bornes climatiques, atmosphériques, géophysiques et écologiques sur la base des données biophysiques stables qu’a connues la Terre ces 10 000 dernières années. Aller au-delà de ces limites, c’est rentrer dans un inconnu dont on ne revient pas, ou très mal en point. En réalité, nous n’avons constaté jusqu’ici qu’une toute petite partie émergée de l’iceberg ! Bref, à l’allure polluante à laquelle la Terre est soumise, le seul constat c’est qu’« on est en train de foncer dans le noir, pied au plancher ! »

Une des signataires de l’article sur les neuf frontières* à respecter, Katherine Richardson, océanographe enseignant à l’université de Copenhague a, souvent avec humour (ça aide à mieux faire passer la pilule), brossé un tableau du rôle des océans sur la planète et des mesures à prendre pour les protéger. L’inévitable réchauffement des océans liés au lâcher de CO2 conduit inexorablement à la disparition des coraux et des coquillages, notamment. L’accroissement du CO2 dans l’océan signifie une baisse du pH de l’eau. Conséquence de cette acidification, le plancton à carapace calcaire connaît des difficultés à se reproduire. Sa raréfaction contribue à diminuer la biodiversité des mers… Bref, ça sature du côté des océans, et le puits de carbone qu’on croyait qu’ils soient il y a quelques années se révèle être une vaste fumisterie. Pas de panique, mais jetons nous à l’eau…

Pour les politiques, faire quelque chose pour sauver la planète est une évidence, mais surtout marquer des points en trouvant, à court terme, un accord (peu importe pourvu que ce soit un accord ?) à Copenhague en décembre prochain. La porte-parole du parti suédois des Verts, Maria Wetterstrand, a campé sur un argumentaire politique où le renouvellement d’un mandat semble plus importer qu’une prise de positions impopulaires…
En conclusion, refuser l’extinction de notre planète est un acte citoyen que certaines entreprises (beaucoup trop encore refusent de jouer le jeu), prennent à cœur (la RSE, Responsabilité Sociétale des Entreprises le prouve). Il faut que l’Homme et la Nature se retrouvent. L’appel à un nouveau Rousseau est lancé ! Quant aux modèles de prédiction climatiques, ils se doivent d’être plus pointus en prenant en considération des facteurs qu’ils n’incluent pas à l’heure actuelle et qui, de ce fait, faussent les prévisions.
L’humanité va-t-elle rester en deçà des limites de ce que la Terre peut gérer en terme de pollution avant d’atteindre les points de basculements (tipping points) ? Vaste question !

* Les neuf « frontières » : le changement climatique, l’ozone stratosphérique, le changement de l’utilisation terrestre, l’utilisation d’eau douce, la diversité biologique, l’acidification océanique, les entrées d’azote et de phosphore dans la biosphère et les océans, le captage des aérosols et la pollution chimique.