Francolympien#5: Pour des Jeux olympiques durables, l’autre devise écolo de Paris 2024: « Moins, mieux, pour plus longtemps! »

Pour obtenir les Jeux Olympiques de 2024, Paris a fait la promesse d’organiser des Jeux durables et responsables. Mais pas simple pour un événement aussi gigantesque qu’éphémère que les Jeux olympiques et leur « chère » devise « ciltius, altius, fortius » (plus vite, plus haut, plus fort) toujours plus gourmande en énergie fossile de s’inscrire dans la durabilité. Néanmoins cette promesse du COJO (Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques) s’articulait autour de plusieurs axes principaux : réduction de l’empreinte carbone, utilisation de matériaux durables, faire preuve d’engagement sociétal, partager transparence et exemplarité.

Voici quelques exemples concrets de la mise en œuvre de ces engagements : Le village olympique a été construit en bois, un matériau durable et biosourcé, les transports en commun seront gratuits pour les athlètes et les officiels pendant les Jeux, un programme de compensation carbone sera mis en place pour neutraliser les émissions de gaz à effet de serre restantes. Cependant, il est important de noter que l’organisation de Jeux olympiques durables est un défi complexe. Certaines critiques ont été formulées concernant le manque de transparence dans le calcul de l’empreinte carbone des Jeux, l’impact environnemental de la construction de certains sites et le coût élevé de l’organisation. Malgré ces critiques, la promesse de Jeux durables est une ambition importante qui vise à faire des Jeux Olympiques de Paris 2024 un événement exemplaire en matière de développement durable. Mais le grand bilan ne pourra être fait qu’après les Jeux à l’automne.

Dès la candidature de la capitale, l’aspect environnemental des Jeux a été mis en avant, avec l’ambition de réduire l’empreinte carbone de moitié par rapport à ceux de Londres et de Rio : elle a été fixée à 1,5 million de tonnes. « Pour «l’empreinte matière», c’est un poil plus compliqué et elle ne sera calculée qu’à la fin des Jeux olympiques et paralympiques, à l’automne, précise Caroline Louis, chargée de l’économie circulaire au sein du Cojo. Il a fallu tout penser, de l’éco-conception des produits aux essais de nouvelles matières à faible impact en passant par le choix de fournisseurs qui réduisaient voire faisaient disparaître l’emballage. «L’avantage d’être pionnier, c’est qu’on peut tout inventer. L’inconvénient c’est qu’on doit tout inventer», plaisante Caroline Louis en déroulant une longue liste de chiffres et d’objectifs. Au total, les JO de Paris utiliseront 6 millions de produits et de biens ; la promesse consiste à ce que 90 % soient repris ou recyclés. Pour le mobilier, on est passé de 800 000 à 600 000 objets et les trois quarts des équipements technologiques (ordinateurs, téléviseurs, imprimantes) seront loués. Certains objets ont déjà trouvé preneurs, comme les 16 000 matelas qui seront répartis entre l’école de ballet de l’Opéra de Paris (pour son internat), l’école hôtelière Tsuji, Emmaüs et le ministère de la Défense.
Côté restauration, les athlètes prendront leurs repas dans la Nef du village olympique, 240 mètres de long et 24 mètres de large où 3 200 personnes pourront prendre place en même temps et 40 000 repas seront servis par jour. «Le plus grand restaurant du monde sera un modèle de restauration durable», promet Laurent Pastor de chez Sodexo Live, directeur du projet du village olympique, selon qui 40 % du matériel de cuisine sera repris ou revendu. Les 17 000 plateaux créés pour les Jeux ne porteront pas de logo pour être plus facilement réutilisés, idem pour les 35 000 assiettes et autant de bols, de fourchettes, couteaux et cuillères… Le point noir reste le plastique à usage unique. Coca-Cola, l’un des sponsors historiques des JO, était en 2023 et pour la sixième fois consécutive en autant de classements, le premier pollueur plastique du monde selon un rapport publié début février par l’ONG Break Free From Plastic. D’où une stratégie de communication maousse pour annoncer l’installation de 700 fontaines à eau (dans les restaurants pour les athlètes et les stades pour le public), la multiplication des gobelets recyclables (mais payants) et le retour des bouteilles en verre. «On maximise le plastique recyclé et pour le plastique à usage unique, on divise par deux en phase de restauration», promet Caroline Louis.
Nouveaux matériaux: pour Lucile Charbonnier, directrice «responsabilité sociétale des entreprises» chez Saint-Gobain qui fournit 60 000 m² de cloisons pour le village olympique, les Jeux de Paris ont fait «gagner dix ans» à l’entreprise. En amont, il a fallu concevoir de nouveaux matériaux avec l’impact le plus réduit possible. En aval, s’il est «facile» de «recycler le plâtre», ça l’est «beaucoup moins» avec des matériaux plus complexes, notamment ces cloisons olympiques qui combinent structures, plâtres et isolant, explique la responsable. De plus, les appartements et les immeubles du village olympique ne seront pas désossés à la fin des Jeux mais transformés en habitations, ce qui complique d’autant l’opération de récupération et réemploi. Mais grâce à l’accélération olympique, «la logistique suivra désormais», assure Lucile Charbonnier. (avec La Lettre olympique de Libération)

Au rayon mobilier, 7 000 tabourets seront installés dans les appartements des athlètes au village olympique. Entièrement en carton et donc entièrement recyclables, comme les lits des sportifs qui ont fait couler pas mal d’encre sur leur conception, leur design ou leur solidité. Fabriqués par une entreprise  – RGS Events, spécialisée dans l’équipement des grands événements sportifs –, «ces objets ne sont pas là juste pour être exposés et regardés, ce tabouret peut supporter une charge de 120 kilos», alors que ses homologues en bois ou plastique ne dépassent pas les 100 kilos.
Il y aura aussi des canapés fabriqués en barrières Vauban, des poufs en toile de parachute et des tables basses en volants de badminton. Plus largement, dans le cadre de la stratégie d’économie circulaire de Paris 2024, on trouvera deux fois plus de végétal dans les plats servis au village olympique, des anciens rails en béton de la SNCF pour lester les structures éphémères et des tapis d’escalade bourrés de mousse fabriquée en France à partir de matières recyclées.

Les 33 000 m² de revêtement de sol (pour le basket, le handball ou le volley) fabriqués par Gerflor seront posés sans colle. Parce qu’il est difficile de trouver une substance non polluante, et que fixer les sols avec des bandes adhésives permettra de les transférer plus facilement aux fédérations et clubs sélectionnés pour leur donner une seconde vie. Ces revêtements olympiques «sont un modèle de circularité», vante le directeur marketing de la marque de Gerflor, Arnaud Challande, même si «le 100 % recyclable est une promesse encore un peu théorique» dans ce domaine. «On doit tout inventer» Sur l’utilisation des ressources et le recyclage, «nous avons la conviction que ces Jeux peuvent être un accélérateur mais pour cela il faut qu’ils soient aussi un laboratoire», confirme Georgina Grenon, directrice «excellence environnementale» à Paris 2024.

Les Jeux ont un maître mot : l’héritage. Les bâtiments du site doivent aussi devenir des bureaux ou des logements sociaux. « On a construit le village en pensant d’abord à l’après, en créant un quartier de ville pour la Seine-Saint-Denis« , assure Laurent Michaud, directeur du village qui accueillera dans les prochains mois une résidence étudiante, des crèches, des établissements scolaires, des commerces… De quoi apporter les ingrédients d’une vie quotidienne sur ce qui était auparavant une friche industrielle.
On parle de «cœurs de forêts» entre les immeubles du village, qui sont en réalité des mini espaces jardins. Au total, le projet comprend six hectares d’espaces verts publics sur lesquels la Solideo (l’établissement public chargé de livrer les ouvrages olympiques), a planté 9 000 arbres. Le bois est aussi omniprésent dans les constructions, pour les structures ou les façades, et la règle était la même pour tous : utiliser du bois provenant de forêts gérées durablement et 30 % de forêts françaises. La verdure n’est pas juste un détail, car elle doit servir à réduire la température au sol en cas de canicule. Tout comme les planchers rafraîchissants installés dans les 7 200 chambres. Car pour respecter ses engagements environnements, Paris 2024 a listé un autre interdit : la climatisation. Les sportifs auront tout au plus droit à un ventilateur. Le cahier des charges des matériaux utilisés entend permettre de se reposer et dormir sans subir la chaleur. Les lits seront en carton pour être recyclés, un modèle éprouvé lors des derniers Jeux à Tokyo. Paris 2024 a sondé les sportifs qui les auraient trouvés suffisamment confortables. (avec la Lettre olympique de Libération)

Pour tenir sa promesse de «Jeux durables», le comité d’organisation a développé depuis 7 ans sa « stratégie d’économie circulaire »:  Diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux Jeux de Londres 2012. Utiliser des infrastructures existantes ou temporaires plutôt que de construire de nouveaux sites. Favoriser les transports en commun et les modes de déplacement doux pour les spectateurs et les athlètes. Privilégier les matériaux biosourcés et recyclables pour la construction des sites et des infrastructures. Réduire la quantité de déchets produite et favoriser le tri et le recyclage. Favoriser l’inclusion sociale et l’égalité des chances dans l’organisation des Jeux. Soutenir l’économie locale et les initiatives durables. Laisser un héritage positif pour la ville de Paris et ses habitants. Mettre en place un système de suivi et de reporting transparent des impacts environnementaux et sociaux des Jeux. Partager les bonnes pratiques et les innovations développées pour les Jeux avec d’autres événements sportifs et organisations. Mais le grand et vrai bilan ne pourra être fait qu’après les Jeux olympiques et paralympiques à l’automne prochain.

Crédits photos: Olypoics.com, Paris2024, Libération, L’Equipe, Patrick Bayeux
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Les 4 premiers épisodes de #Francolympien sont parus sur www.lefrancofil.com . Et les 6 suivants le seront également.