La liqueur noire livre son méthanol.

Caroline Häggström, doctorante de l’université technologique de Luleå (génie chimique et biochimique appliqué/génie des procédés) n’a pas trop à s’inquiéter de son futur plan de carrière…
Il est tout tracé. Cette jeune femme est en effet la première au monde à avoir réussi à produire du méthanol à partir de liqueur noire, ce résidu du processus de fabrication de la pâte à papier.

Caroline Häggström avec les quelques gouttes de methanol extraites de la liqueur noire. Photo: Tony Berglund
Caroline Häggström avec les quelques gouttes de methanol extraites de la liqueur noire. Photo: Tony Berglund

Elle n’en a certes extrait que quelques décilitres, mais le pas est franchi ; son nom sera désormais à jamais attaché à la chimie verte. Cette manipulation réussie est non seulement une étape cruciale dans le domaine de la production de biocarburants de deuxième génération, elle permettra aussi de diminuer de manière significative la dépendance pétrolière du royaume. Une conversion énergétique qui contribuera largement à l’atteinte des objectifs suédois en matière de développement durable.

Le méthanol, appelé communément alcool méthylique ou alcool de bois est un produit que connaissaient bien les anciens qui l’obtenaient par pyrolyse grossière du bois. Produire du méthanol à partir d’un gaz de synthèse n’est pas nouveau en soi, la technique est connue, l’obtenir après gazéification de la liqueur noire, est une première.
Au lieu d’être systématiquement brûlée pour la production d’énergie dans les industries papetières (vapeur d’eau – électricité), la liqueur noire pourra maintenant, tout ou partie, être transformée en bio méthanol. Une valorisation à l’impact positif pour l’environnement.

La thésarde a mené ses expérimentations chez Chemrec à Piteå, entreprise spécialisée dans le traitement de la liqueur noire (gazéification). Chemrec produit déjà depuis deux ans du DME (diméthyl éther) par voie thermochimique à partir des déchets de la biomasse dans le cadre d’un projet européen, Bio-DME, from wood to wheel [du bois au volant], cofinancé par l’agence suédoise de l’Énergie et le 7e programme cadre européen en partenariat avec Volvo Trucks, qui met au point et en conformité des moteurs pour poids lourds pouvant rouler au bio-DME ; Haldor Topsøe, société danoise spécialiste des catalyseurs ; Delphi, équipementier automobile ; Preem et Total, groupes énergéticiens ; la cartonnerie Smurfit Kappa de Piteå qui devient de facto une bio raffinerie avec la construction d’une unité pilote de production de DME (4 t/jour) et la fondation de R&D, ETC (Energy Technology Center), de la ville de Piteå, l’université technologique de Luleå et le Conseil régional du comté du Norrboten.

Toute cette région mise à fond sur les énergies renouvelables et leur production. L’entreprise suédoise Meva Innovation a, par exemple, récemment mis au point une nouvelle technologie pour la gazéification de bio carburants ou la production de gaz combustible pour la cogénération à partir de granulés de bois provenant des rémanents forestiers qui sont brûlés à très haute température dans un réacteur de type cyclone. Encore une valorisation de la biomasse.

Georges Imbert avait « montré la route » avec son gazogène à bois, du gaz pauvre on est aujourd’hui passé aux gaz de synthèses pour la production de bio carburants et notamment celle du méthanol à partir de liqueur noire, une nouvelle étape dans la recherche de carburants de substitution.

3 reflexions sur “La liqueur noire livre son méthanol.

  1. desmet

    bonjour je voudrai connaitre exactement le process d obtention du methanol par liqueur ou biomasse du bois cordialzmen

  2. Jean-Paul Pouron

    Bonne question. Je ne suis pas un spécialiste, mais si vous vous adressez à de Luleå au département de génie chimique et biochimique appliqué/génie des procédés, vous devriez avoir réponse à votre question

  3. Système politique 2.0

    Dans le même genre, le pétrole bleu, qui permet de créer du pétrole à partir d’algues.

    Ces terrains de recherche ont certainement beaucoup d’avenir :

    1/ Ceux qui exploitent les résidus pour les valoriser, à condition que le processus soit rentable et puisse être imaginé à grande échelle.

    2/ Ceux qui trouvent le moyen de produire des biocarburants (mais aussi des aliments) à partir de faibles surfaces d’exploitation. La terre cultivable étant déjà très utilisée.